Du Lac du Chambon au Lac noir

Après une arrivée quelque peu chaotique sur Paris et un hébergement d’urgence à la dernière minute (Merci Claire 😉  ), c’est finalement le covoiturage entre Paris et Grenoble qui marque le début du voyage et dessine déjà les grandes lignes de celui-ci: quelques pauses salutaires, de belles rencontres, une bonne dose de contemplation et ce qu’il faut d’imprévu.

Et puis s’endormir, ou si peu, au son mélodieux d’une prière Juive et se réveiller au pied des montagnes.

Mes 2 heures de sommeil en poche, le chauffeur de car me dépose au bord du lac du Chambon (952m). Catapultée dans la carte IGN grandeur nature, c’est un peu le moment « quand faut y aller, faut y aller ».  Je suis le sentier sur les 7Km qui me séparent de Besse en Oisans (1568m) par Mizoën sous un ciel implacablement bleu, la nuit précédente constituée de micro-siestes ne facilite pas vraiment ces premiers kilomètres.

Munie d’une eau, fraîche au goût mi-ferreux/mi-dégueu, récupérée à la fontaine de l’église de Mizoën, je grimpe les passages de route et de forêt pour atteindre Besse puis l’aire de bivouac, sans avoir réussi à changer mon eau durant toute l’après-midi, trop occupée à me débarrasser des nombreux taons un brin agaçants.  Eau qui s’avère pleine de particules rouillées en suspension, j’ai donc fait le plein de minéraux, il paraît que c’est bon pour la santé 🙂 .

Autour de l’aire de bivouac (désertée par la plupart des touristes vers le 15 Août) les rapaces tournoient aux sommets des montagnes, le ruisseau de la salse en seul bruit de fond, je monte enfin ma tente aux portes des montagnes.

Mes voisins de camping, outre le fait d’être sympas, viennent du 44. Je ne suis pas trop perdue ^^

La nuit était calme jusqu’à ce qu’un type qui dormait dans son pot de yaourt décide de se chauffer au diesel à 6h30 du matin, la vie en communauté ça s’apprend à tout âge, ou pas.

Après avoir remballé ma tente et mes affaires, je papote avec les voisins qui me proposent finalement de me déposer au dernier parking sur le départ du sentier du plateau d’Emparis (2245m), le manque de sommeil de la veille ne me fait pas hésiter plus d’une demi seconde. Il s’avère que ce trajet, en plus de serpenter dans un décor vertigineux et magnifique, reste un de mes très bons souvenirs de ce voyage en terme d’échange et de rencontre.

Arrivé sur le plateau, on tente de déchiffrer le paysage et de mettre un nom sur les sommets qui pointent le bout de leurs nez écorchés par le temps. Bien aidé par un gars du coin et ses multiples cartes IGN, le panorama a maintenant des noms: La Meije, Le Rateau, le Pic de la Grave… et semble alors plus familier, on fait connaissance.

Subissant un net ralenti dans les montées grâce à la maison que je porte sur mon dos, je laisse les Sud Nantais partir devant et s’éloigner dans un décor de cinéma. Je tire un peu la langue, derrière moi un VTT se vautre dans un bruit de dérapage et un « et merde! » qui me fait autant rire que relativiser. Le type va bien et fini par marcher à côté de son vélo. Arrivée au col du Souchet (2365m) la vue vers la Meije est déjà magique. D’un côté les étendues d’herbes et les courbes douces du paysage évoquent les steppes mongoles, quand de l’autre s’étendent les sommets enneigés battus par les vents qui s’inviteraient bien dans une toile de Caspar David Friedrich (https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voyageur_contemplant_une_mer_de_nuages).

Personne à l’horizon. Contemplation quand tu nous tiens.

En se rapprochant des sommets, le lac Lérié (2456m) abrite sur ses rives autant de vaches que de touristes, en offrant un miroir au spectacle des nuages qui s’accrochent aux montagnes. Je me pose quelques minutes avant de rejoindre le fameux lac Noir, un nom qui m’inspire en repensant à L’île noire gardée par son gorille.

Sur les rives du lac noir j’étale mon sac et moi-même, il est tôt (15h30/16h) j’ai le temps de profiter de la vue qui se vide peu à peu de ses protagonistes de passage. Il y en à un particulièrement qui me restera en tête. Voyant l’orage gronder un peu plus loin, je demande à un papy athlétique passant par là les prévisions météo (au vu de son rythme il connait la région). On discute quelques minutes et puis il repart d’où il est venu. Une bonne demi heure plus tard je le vois revenir vers moi en me disant que finalement il aurait bien discuté un peu plus! Il a donc fait volte-face dans la descente. Je n’ai pas bougé d’un iota. On reste donc papoter de nos régions d’origine, du pourquoi du comment on est arrivé ici et maintenant, puis il me souhaite une bonne nuit mais surtout un bon réveil et disparaît de nouveau derrière les barres rocheuses. L’inattendu tant attendu.

L’orage, lui, reste à bonne distance et gronde au loin. D’autres bivouaqueurs arrivent autour du lac, chacun choisi sa vue pour le réveil ou la soirée. Je bouge ma tente avec l’aide de mon voisin de bivouac, sentant bien que la soirée ne restera sans doute pas si sèche que ça. Le vent qui poussait gentillement l’orage vers l’Est décide de changer de bord. Je pique une petite tête dans le lac (pas aussi frais que la côte Finistère nord), je chauffe mon eau et avale mes pâtes au parmesan tant qu’il ne pleut pas, avec une vue un brin menaçante, ce qui fait sans doute son charme.

Pâtes avalées, je vais voir d’un peu plus haut le soleil descendre sur l’horizon. Les contrastes rouge et bleu s’intensifient sous le ciel chargé qui avance lentement au dessus de nous. N’étant pas la seule à avoir cherché ce point de vue, je redescends sous les premières gouttes avec un autre bivouaqueur qui lui n’a pas encore mangé et devra improviser la cuisine sous l’abside, ce qui est bien mais pas top.

Sous la tente ouverte je profite de la vue et je me dis que si les vaches restent c’est que ça va. Il grêle, les vaches se barrent, je ferme ma tente et attends que ça passe en compagnie de ce bon vieux Jean-Paul et son Existentialisme.

La grêle ne durera pas très longtemps, la nuit sera calme, comme un air de Redemption song qui résonne dans ma tête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions sur “« These songs of freedom »

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