Du Lac Noir à La Grave

Le soir, l’emplacement du bivouac, donne au matin, la magie du premier regard.

6h30, j’ouvre l’abside face à la Meije où s’accrochent depuis la veille quelques irréductibles nuages.

Sans vent, le lac offre des reflets hypnotiques des sommets qui nous font face, pendant que le soleil continue sa course en balayant le ciel d’un dégradé de rose et de jaune qui vient réchauffer doucement les premières heures du matin et les couleurs de la neige. Immobile, silencieux et se suffisant à lui-même, le décor me réveille en douceur, rien à voir avec le radio-réveil du quotidien et ses flash infos.

Apaisement.

C’est l’heure de faire chauffer le petit dej’: une floraline à la banane séchée et le thé, indispensable allié dans mon cas, à une quelconque secousse de neurones. Sur la boîte de lait en poudre achetée, l’équipe de com’ avait trouvé judicieux d’écrire « Bien dosé, c’est très bon! », phrase qui signifie en réalité « Mal dosé, c’est dégueu ». Mon conseil donc, sur-dosez le lait en poudre plutôt que l’inverse, sinon ça ressemble visuellement à du lait, mais la comparaison s’arrête brutalement là. J’avale ma floraline au goût mi-eau, mi-lait et banane, mon thé fumé, et le fameux bout de gingembre confit, épreuve ultime, mais aux vertus anti-fatigue (avec en prime un petit coup de boost contre les infections ORL), puis remballe mes affaires en profitant de la vue.

Je redescends tranquillement vers le col du Souchet, pas vraiment pressée de quitter ce paysage et ses marmottes, visiblement sereines pour passer l’hiver, qui me scrutent depuis leurs cailloux respectifs. Un dernier passage devant le lac Lérié en faisant attention de ne pas marcher sur les mini grenouilles qui jalonnent les chemins et je retrouve le col.

Deux passages consécutifs d’enclos plus tard, je me dis que j’aurais dû suivre le panneau d’itinéraire VTT. Un de mes voisins de bivouac se retrouve alors devant moi en guise de leurre et j’avance vers le Chazelet avec pour objectif de rejoindre les abords du Lac du Goléon le soir même. Je finis par retrouver le dit-voisin sur un banc improvisé et profiter d’un café face aux montagnes… Après un point météo, plutôt de bonne augure pour la suite de la journée, lui reprend sa route et moi la mienne. Mis à part le fait que les descentes m’ennuient, celle-ci est assez longue avec le sac, mais rien de compliqué. En bas je m’arrête manger une crêpe, plat totalement exotique pour une bretonne demi-sel, avant de repartir en direction du village « Les Clots ».

Sur le sentier, je m’engage sur un passage dont j’ai horreur avec le sac chargé et un ciel devenu menaçant: un chemin étroit sur un dévers de paillettes de schiste qui débouche sur une langue rocheuse avec corde, bref, allons-y Michel! Après environs 2 mètres, je fais demi-tour car les gouttes commencent à tomber, je passerai par la route, j’ai bien compris le message…shallnotpass

 

Une fois sur le bitume, les gouttes se transforment en grêle qui semble bien décidée à me faire m’arrêter. La visibilité se réduit à vitesse grand V, la grêle me chatouille le crâne, mais « oh, miracle! » un abri en pierre au bord de la route quelques mètres plus loin, je pourrai au moins avoir le temps de sortir ma veste du sac… A peine arrivée sous le fameux abri au look solide, le claquement de la foudre et le flash qui l’accompagne viennent me secouer les tympans et m’envoyer de jolies petites étoiles dans les yeux. Comme une légère odeur d’allumette, je me retourne, l’abri se révèle être un transformateur électrique. Échec.

Juste à côté, un bon vieux pylône a dû servir de parafoudre. Une voiture descend, je lui fais signe et le type m’embarque aussitôt à l’arrière avec son Braque de Weimar, qui craint l’orage et étale sa grosse tête dépitée contre moi en me regardant l’air de dire « Toi aussi, t’es là? ».

Finalement je descends à La Grave tel un chien mouillé.

Une fois en bas, l’orage cesse aussi brusquement qu’il est arrivé. J’atteins le camping (La Gravelotte) et échoue ma tente en plein milieu. Je profite de mon passage imprévu en pleine civilisation pour faire une lessive. Absorbée par mes gestes répétitifs et mes chaussettes sales, je tourne la tête et regarde ma coéquipière de lavoir, on s’étonne et rigole, ce n’est ni plus ni moins que ma voisine d’aire de bivouac de Besse en Oisans. Nous passerons finalement le début de soirée à prendre l’apéritif près de leur Ford transit, à se raconter nos anecdotes et projets de voyages, parsemés de quelques tranches de vie.

Comme quoi, l’orage et le hasard sont parfois bien faits.

 

 

 

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s