Gudvangen et le Nærøyfjord

 

Dernière matinée à Flåm, dernier lever de soleil par-dessus la montagne.

Après une courte balade autour de Flåm, je range la tente dans mon sac que je hisse sur le dos à coups de soupirs. J’ai comme l’impression que jusqu’ici, tout a été assez facile et que ça ne va pas durer…  Je rejoins l’arrêt de car direction Gudvangen, vers l’Ouest, de l’autre côté des montagnes.

Somnolant sur le banc minuscule, je suis rejointe par la famille du Mississipi rencontrée la veille sur le quai d’Undredal et mes voisins de tente, un couple d’Allemands respectivement natifs de Berlin Est et Ouest. Entre les récits de voyages passés, la rencontre amoureuse des colocataires Berlinois et la taille des moustiques du Mississipi (visiblement  honorable), les échanges sont animés et l’attente du car qui me paraissait interminable se change en saut de puce.

Le trajet dure 20 minutes. 20 minutes de tunnel sombre à travers la roche à imaginer ce qui se cache de l’autre côté.

Gudvangen est enclavée entre 2 montagnes dans une vallée en forme de coude. Les Berlinois partent à l’assaut des sommets, je pars en quête de camping. Le premier est situé au bord de la route, au vu de l’étroitesse de la vallée le choix me semble limité. L’herbe est monstrueusement haute à l’image du prix de la nuitée, mais victime de ma consommation excessive de thé,  je paye les 150 NOK et file découvrir les sanitaires décrépits…oh joie. Les installations sont vieilles, tristes et froides, je décide d’aller marcher. Je plante ma tente sur les 20 cm d’herbe et suis les conseils flous de la gérante du camping pour partir me balader.

Un chemin borde la rivière au creux la vallée. Après 200 mètres, un sentier part en direction des cascades et au bout de celui-ci je découvre l’endroit parfait pour une nuit en camping sauvage.  Il y a suffisamment d’espace pour installer plusieurs tentes, une place au milieu pour faire un feu, une vue sur la cascade et on entend à peine la route…à ce moment précis, j’incarne le sens du mot dépit.

Je crapahute hors du sentier en direction de la cascade et abandonne rapidement l’idée de l’atteindre au vu de l’heure. Un peu plus loin sur le sentier, se trouve une jolie cabane de pêche au bord de l’eau, l’endroit rêvé pour un bain de pieds. Le cadre est assez idyllique, le bruit de la route est couvert par celui de l’eau, mais le moins que l’on puisse dire c’est que cette dernière est d’une fraîcheur stimulante. Même sur la côte nord du Finistère en plein hiver ça n’est pas aussi froid, en bref, c’est rapidement douloureux.

La gérante du camping m’a assuré que le sentier faisait une boucle en empruntant un pont… Pas l’ombre d’un pont à l’horizon. Je m’enfonce donc dans la forêt. Le jour baisse et le chemin est parsemé de traces d’animaux inconnus au bataillon pour la Française citadine que je suis. Au bout d’un moment le sentier grimpe et je me dis que c’est sur des conseils pourris dans le genre qu’il arrive des trucs invraisemblables à des gens pleins de bonne volonté. En pleine phase d’auto-stress, je tombe sur une barrière qui ferme le passage et décide de faire demi-tour en me disant que je vais finir mangée par un ours sur les conseils d’une gérante de camping hors de prix aux sanitaires défraîchis et aux poubelles qui débordent. La forêt, par endroits assez dense, absorbe presque toute la luminosité restante et même en mode pilote automatique, l’imagination tourne à plein régime.  Un oiseau minuscule s’envole à côté de moi, je sursaute… La classe. Après cet ultime acte de bravoure, je finis par sortir de la forêt et retrouver la route.

Direction le camping et sa douche au sol froid et aux courants d’airs sournois. Je n’ai plus qu’une envie, manger une soupe chaude avec beaucoup trop de fromage et aller me coucher. J’entre donc dans la cuisine qui finit d’achever mon entrain. Elle est minuscule, le placard de la poubelle pue autant qu’une benne à ordures, le frigo abrite une colonie de moisissures et seule une des deux plaques chauffantes fonctionne. Parfois la solitude en voyage, ça pèse un peu. Quelques minutes plus tard et bien loin du stade ébullition, une fille entre dans la cuisine. Elle est Brésilienne, voyage elle aussi toute seule avec sa tente sur le dos et parle un peu Français… \o/ hourra. Après s’être plaintes en coeur des sanitaires, du prix injustifié et de la praticité discutable de cette cuisine format Polly Pocket, on échange nos récits de voyages, du thé, du gruyère et de larges sourires. En buvant mon thé sous les étoiles et le hululement d’une Chevêchette d’Europe, je me demande ce qui me restera le plus en mémoire entre les paysages de Norvège, pour lesquels je suis venue et les rencontres inattendues de ce voyage en solitaire.

Le lendemain matin, le temps à changé et je me presse pour plier mes affaires avant la pluie, le petit déjeuner attendra. La courte marche vers le quai est pénible, il pleut et je marche le long de la route où les camions et pick-up passent pied au plancher. Arrivée sur la rive du Nærøyfjord je me pose à la terrasse couverte du café où je deviens l’objet d’attention du serveur peu débordé mais aux petits soins. Certes il pleut, mais l’endroit est calme et quasi désert au vu de la capacité d’accueil du café-restaurant. Luxe, calme, volupté et tarte au chocolat… Au loin, le bateau approche.

Flåm et l’Aurlandsfjord

Premier réveil, pas un nuage. Le ciel est d’un bleu éclatant, une couleur aussi vive que pure, presque aveuglante tant elle contraste avec l’ombre qui recouvre encore les montagnes environnantes. L’objectif de cette première journée est de revenir sur le trajet du Flåmsbana à pied, pour découvrir la vallée d’un peu plus près.

A la sortie du camping, je croise le couple de Coréens rencontré la veille dans le train. Ils sont venus me chercher au camping pour me proposer une escapade en kayak sur le fjord. A la vue de leurs mines pleines d’entrain et de leur initiative, je prends soudain une bonne bouffée d’altruisme. A plus de 1500Km de chez soi, seule, dans un pays étranger, on peut tout à fait se retrouver à pagayer joyeusement avec de parfaits inconnus et ça, c’est assez magique.  Après un bref instant de conflit intérieur je refuse finalement leur offre, non sans regrets. Je suis venue pour tenter l’expérience d’un voyage en solitaire et j’ai subitement l’impression qu’accepter leur proposition de balade en groupe, dès le début de ces 3 semaines en Norvège, casserait un peu ma dynamique et ma soif galopante de liberté.

Une fois sur le sentier en direction de la vallée, une première cascade dévale la montagne. Problème, le chemin indiqué sur la carte pour atteindre ladite cascade est en fait un champ rempli de vaches à l’allure parfaitement placide mais aux cornes relativement pointues. Face à ce paradoxe de la nature qui me dévisage d’un air mou, je décide de ne pas tenter de percée héroïque.

Après quelques kilomètres, se trouve l’église de Flåm construite en 1667. Elle est située au centre d’un petit cimetière paysager, bordé par la rivière et les champs remplis de moutons parés de cloches. Des lanternes sont placées sur les tombes fleuries. L’endroit, particulièrement calme et bucolique est une invitation à l’oisiveté , quoi de mieux pour un cimetière?

Un peu plus loin se trouve une seconde cascade (sans vaches) qui se jette dans un plan d’eau vert émeraude, l’endroit parfait pour se poser un peu, avant de refaire les 5km dans l’autre sens. Je repars donc en direction du camping, motivée par l’idée du sachet de brandade de morue lyophilisée qui m’attend patiemment, autant dire que j’avais vraiment faim.

 

 

Le lendemain, après avoir marché en direction d’Aurland, je prends le bateau pour rejoindre Undredal. J’ai bien tenté de demander au monsieur de l’accueil du camping si on pouvait se rendre à Undredal à pied… La réponse est oui, mais il faut compter 2 jours de marche en passant par dessus la montagne, contre 20 à 30 min par bateau depuis Flåm. Illustration flagrante de l’importance des liaisons maritimes et fluviales en Norvège.

Pendant la traversée, je réussi à voir un aigle royal au jumelles \o/

Je tente alors de le montrer à ma voisine de siège, sans grand succès. Quelques minutes après, elle arrive rapidement vers moi en me faisant signe de regarder la surface de l’eau car un banc de marsouins vient de passer juste derrière le bateau, échec n°2 qui aura le mérite de nous faire bien rigoler.

On trouve à Undredal la plus petite église en bois debout, toujours en activité, de toute la Norvège. L’église St Nicolas, construite en 1147 peut accueillir 40 personnes. Elle est vraiment minuscule, mais le village l’est également. Caché au creux de 2 montagnes, il compte 80 habitants et quelques 300 chèvres. La production de fromage est donc l’activité principale de cette petite communauté qui devait, jadis, poster des guetteurs autour du village pour se protéger des ours. Pour ma part, je me suis baladée dans le village, mais celui-ci est forcément assez vide hors-saison, ni ours, ni habitants. Je fini par croiser des gens, une famille d’américains du Mississippi égarés qui attendent le bateau pour rentrer à Flåm. Pour appeler le bateau qui passe sur le Fjord, il faut allumer une lumière sur le quai grâce à un petit interrupteur.  Le jour où l’ampoule lâche, c’est ballot. Heureusement celle-ci brille jusqu’à l’arrivée de notre ticket de retour.

 

 

 

Jour 1: Oslo – Myrdal – Flåm

 

Après 2h30 de vol, bercée par les péripéties de Paasilinna et ses Prisonniers du Paradis,  j’emboite le pas des passagers dans les dédales de l’aéroport. Il est 23h environ quand j’embarque dans un Express Train vraiment confortable, cela dit à 170 Nok le trajet (soit 20 euros!), ils pourraient offrir le café et les spéculoos. Comparer le RER B parisien et l’Express train d’Oslo, c’est comme comparer la piscine municipale un mercredi après-midi avec un spa 3 étoiles le dimanche soir…

En gare d’Oslo, il me reste 20 minutes pour trouver le bus. Comme dans toute gare, la signalétique déroute plus qu’elle ne dirige… J’ai toujours l’impression que les gens qui posent ces panneaux sont eux mêmes atteints d’un syndrome de désorientation chronique . La meilleure boussole en ville, c’est l’épicier de nuit. Après un footing avec le sac de 16 Kilos je parviens à monter dans le bus à la minute près, le chauffeur me faisant grâce des 50Nok du ticket (Pour payer moins cher il faut acheter les tickets dans un kiosque et surtout pas dans le bus).

L’auberge de jeunesse, aussi immense que propre, a des allures d’hôpital. Extinction des feux à 1h00, mon train part le lendemain midi.

Retour à la gare centrale. Au supermarché, il me faut l’aide de la vendeuse pour réussir à déchiffrer les packagings et trouver un sandwich sans viande… ça s’annonce compliqué. Visiblement le mode d’alimentation végétarien, n’est pas populaire en Norvège. En attendant le train sur le quai, mon allure, seule avec ce gros sac, suscite déjà quelques questions. Un Américain, qui voyage avec sa femme, semble trouver l’initiative tout à fait curieuse…clairement, ça ne sera pas le dernier!

 

Sur les rails

Le trajet entre Oslo et Myrdal est magique. Sous un soleil de plomb, les paysages se succèdent sans se ressembler. Des forêts de conifères denses et vertigineuses dégringolent dans des lacs sans ride, de hauts plateaux battus par les vents, bordés de glaciers, la bande annonce qui défile est pleine de promesses. Mon voisin, lui, doit être sacrément habitué à tout ça au vu des décibels dégagés par sa fosse nasale. Peu importe, dans mes oreilles, Bashung couvre son ronron guttural à merveille. Le sentiment de liberté, celui d’être nulle part, seule, dans un train qui roule sans se soucier du reste.

 

Le trajet dure 5h00, j’arrive à Myrdal à 17h00. A 863 mètres d’altitude, aucune route n’est reliée à la station. Myrdal n’est desservie que par le train. Cette enclave bordée de montagnes parait irréelle au beau milieu du fantasme d’hyper-connexion actuel. Un sentier de randonnée peut vous conduire jusque Flåm à condition d’être sportif et bien équipé. Le temps de prendre un café et de marcher un peu autour de la station je monte dans le fameux Flåmsbana. Cette ligne singulière dévale les 20Km qui séparent Myrdal de Flåm en une heure. Sur 80% du trajet la pente est de 5.5%, il y a 20 tunnels dont un certain nombre à flanc de falaise. On mesure à peine la difficulté d’un tel chantier. L’intérieur du train fait remonter le temps. Celui-ci est d’ailleurs bien vide à cette heure et à cette saison, dans le wagon, nous ne sommes que 3. Un couple de Coréens tout sourire s’amuse de mon voyage en solitaire. Les échanges sont animés, drôles, improbables… Voyager seule ne laisse pas indifférent, je me sens un peu comme une pelure d’oignon passée au microscope par une classe de collégiens. Le train démarre, nous voilà toutes les 2 engluées aux vitres avec nos appareils photos, passant de droite à gauche sans gêner la foule présente, ce qui fait beaucoup rire le troisième protagoniste au style bien plus indolent. Les nombreux tunnels ont un côté frustrant…mais la Norvège c’est un pays de tunnels, ça fait partie du voyage. L’inaccessible reste inaccessible et c’est très bien comme ça. Les paysages sont superbes et la petite pause de 5min pour prendre l’air et admirer la cascade Kjosfossen est la bienvenue.

Pour ma part j’ai trouvé le trajet très sympa car le train était désert et que l’on pouvait y circuler sans problème pour observer les paysages des deux côtés. En plein période touristique, je ne le ferais sans doute pas. Pour autant, ce trajet m’est apparu moins spectaculaire que le Rauma railway (utilisé au cinéma dans le sixième tome d’Harry Potter).

Flåm est une petite station balnéaire qui, une fois vidée de son flot de touristes, laisse entrevoir la sérénité de la région mêlée à la rudesse des conditions de vie des premiers arrivants.  Le camping est tout proche de la gare. Depuis mon emplacement, je peux voir le train repartir entre les montagnes… Me voilà dans le vif du sujet, à la tombée du soir, mangeant une salade de patates au goût indéfinissable, assise devant ma tente, à l’air libre et frais de Norvège…