Sous le vol de l’Aigle

Après une nuit calme, je décolle direction le village situé au-dessus de Réallon (Les Gourniers). Plusieurs sentiers de randonnée partent de cette vallée dans toutes les directions, il y en a pour tous les goûts, amoureux du vertige ou non. Après avoir fait le tour du hameau, ce qui est relativement vite fait, je rejoins la marmite de géant qui se situe au départ du sentier de randonnée de la source de Chargès. Il est 9h00 et la matinée nous fait encore grâce d’un peu de fraîcheur. De l’autre côté du torrent, des sentiers en sous-bois partent en direction du ravin d’Entraigues et sans doute vers la roche Méane (2651m). Après avoir vadrouillé dans cette direction, je reprends le chemin de la cabane du Pré d’Antoni. À quelques pas de la Chapelle St-marcellin, je m’arrête sous le cri de l’aigle qui survole le sentier et s’en va faire plier en douceur la cime d’un arbre de l’autre côté du torrent. Je reste sur place, jumelles à la main pour profiter de la vue. Les Rennais, avec qui j’ai mangé la veille, me rejoignent le regard aimanté dans la même direction. Je les laisse profiter de l’ombre discrète offerte par les quelques arbres et reprends la route. Par moments, je me fige. Une forme sombre balaye mes pas et je n’ai plus qu’à lever la tête pour capturer l’instant.

Aucun bruit hormis la brise du vent, le vol de l’aigle et la fougue du torrent.

Cabane du Pré d’Antoni, 13h. Le luxe de prendre le temps, de perdre du temps. Il me reste un bout de pain-fromage datant de la veille, gardé bien au chaud sous le cagnard… De toute façon le fromage c’est plus ou moins fait à base de moisi alors ça fera l’affaire.

En dessous de la cabane, le torrent comme essoufflé par la chaleur de l’été, se calme et continu sa course en escalier. Une source d’eau aussi claire que fraîche sort de la roche. Tout autour, les grenouilles nagent et squattent chaque coin d’ombre. Je me dis que ça aurait fait un super spot de bivouac au calme, sans chercher à aller bien loin… Tant pis. Les Rennais font demi-tour, je les salue et reprends la route vers la source de Chargès, les yeux rivés sur le Mourre-froid (2994m) au pouvoir hypnotique. Au-dessus de ma tête, les roches semblent ridées par le temps qui s’écoule, par le vent qui repousse et l’eau qui fracture. Le paysage alterne entre rage et douceur, comme indécis quant au sort qu’il réserve à celui qui s’y attarde.

Un kilomètre plus loin, le bleu du ciel laisse place au gris et le silence se fissure sous des grondements lointains. Je redescends vers mon abri et la civilisation.

Je laisse les aigles profiter seuls du panorama.

Sur le chemin du retour, les papillons s’activent. Des Argus bleu et des Soucis, un nom bizarre pour un papillon au jaune éclatant. À croire qu’ils ont tenté de me prévenir que si dans la nature, on trouve des soucis, la civilisation, elle, peut vous apporter les emmerdes.

Au camping (fermé depuis la veille), c’est la méga-teuf de village. Des vieux jouent à la pétanque, ce qui ne me dérange pas le moins du monde. Par contre, arrivée à ma tente, je tourne la tête et croise les regards d’une brochette de types en slip de bain se grattant les valseuses d’une main, un verre de pastis dans l’autre. Au même moment, un gros gars sur une grosse moto passe devant ma tente, en combo slip-tongs et moustache, avec lui aussi un pastis à la main.

Équation niveau bac -5: Une fille seule dans sa tente + des dizaines de gars carburant au pastis depuis plusieurs heures + nuit qui tombe = Combien de kilos d’emmerdes potentielles? Pour avoir déjà un peu vadrouillé, ma réponse serait la suivante: beaucoup trop.

Il est 18h30, j’ai la dalle et pas le temps de réfléchir ni de prendre une douche. Je remballe mes affaires en moins de 15 minutes. Devant moi, deux mamies ramassent leurs serviettes de bain, la clope au bec. Elles acceptent volontiers de me redescendre dans la vallée. La voiture démarre, le stress reste derrière. La conductrice est une vraie chauffarde mais leur duo est bien plus comique que la perspective de ma soirée au camping. La vie est faite de choix. Au gros type en slip & pastis, je préfère tendre les bras au ravin. Les deux mamies hautes en couleurs, vont même faire un détour de plusieurs kilomètres pour me déposer dans un camping au calme avec vue sur le lac de Serre-ponçon, au pied du pic de Morgon. Un immense merci et elles repartent vers leur village. Je pose ma tente sous la nuit qui tombe et le regard amusé d’une famille. Après leur avoir raconté mes péripéties, qui ont eu le mérite de les faire rire, ils me déposent sur la route qui mène au camping pour manger une pizza bien méritée. Peu convaincus par le premier endroit au look un peu roots, ils descendent direction Savines le Lac. Le resto roots en bord de route me convient parfaitement. La pizza 4 fromages engloutie, je passe la soirée en compagnie de deux blues man quinquas qui se marrent à la description du gros type en slip à moto et me payent une bière en me parlant rando et musique. Après 2 journées en une, j’ai dormi comme une enclume en or massif.

 

« Gone are the dark clouds… »

De La Grave à Ailefroide

La veille, en rentrant du lac du Goléon, un pique-nique improvisé aux lueurs des bougies avec ma voisine de camping, aura rendu la dernière soirée à La Grave aussi riche et inattendue que le reste du voyage. Les histoires d’orages et de bivouacs chaotiques se teintent d’aventures en ombres chinoises.

Le lendemain, comme annoncé depuis plusieurs jours, il pleut.

Je remballe ma tente humide et passe dire au revoir à ceux que j’ai croisé durant ces derniers jours, avant de tenter le stop sous la pluie direction Ailefroide. En passant saluer la gérante du camping, elle me propose de me faire déposer par sa belle-sœur, venue lui rendre visite ce matin là, au meilleur spot pour tendre le pouce. Quand on vous dit que les gens de la montagne sont sympas.

A peine déposée, un fourgon s’arrête et me conduit à Villar d’Arêne. Puis les voitures immatriculées en Ile de France ou en Italie s’enchaînent à mesure que l’espoir s’amenuise et que la pluie s’infiltre sous la veste. Une voiture arrive de l’autre côté de la route et fait demi-tour sur le parking près de moi. Un couple souriant, à l’accent tout aussi souriant, s’arrête et ouvre les portières \o/

« Eh! Je vous ai vu au dernier moment et j’ai eu pitié de vous sous la pluie! Alors j’ai fait demi-tour, vous allez où? » ***Faith in humanity restored***

bip-bip!

Il y a des gens avec qui le courant passe tout de suite et sans concertations. Je fais la route avec eux en direction de Briançon quand ils m’apprennent qu’ils ont aussi rencontré un autre randonneur qui, comme moi, trimbalait sa maison sur son dos, avec plus de bornes au compteur. Il arrivait aussi du plateau d’Emparis et quittait La Grave en direction du col d’Arsine sur le GR. A vu de la description assez précise, je reconnais mon co-bivouaqueur du Lac Noir, ce qui a le don de bien faire rigoler mes hôtes et moi aussi. Entre souvenirs de colonies de vacances, randonnées en montagne, passage de col et marche sur glacier la route passe en un changement de vitesse.

De l’importance du moment présent.

Ils se rendent à Ailefroide le lendemain pour rejoindre le glacier blanc puis le dôme de neige. « Peut-être à demain alors! » me lancent-ils avant de repartir tout sourire dehors.

A la gare de Briançon, n’ayant aucunement l’intention de prendre un transport en commun, je me mets en quête d’un coin à stop, quand mon œil, voire même les deux, se posent sur un drapeau breton. Je commande un café et lance le sujet « Bretagne » sur le comptoir. Le barman visiblement ravi me raconte son parcours et son retour annoncé en Bretagne pour bientôt. On parle « Tas de Pois », « Pointe St Matthieu », « Crozon-Morgat » et je repars motivée avec un café, des histoires en plus et un emplacement à Stop, à la sortie de la ville.

Le stop « urbain » c’est un peu plus la mission.

1: ne pas se faire écraser, 2: tenter de ne pas trop effrayer les gens de la ville et touristes de passage… Oui parce que même moi, du haut de mon mètre soixante, je peux être impressionnante visiblement ^^. Mais ça, c’est une question de contexte. Après vingt bonnes minutes à jouer au poireau souriant et détrempé, une voiture s’arrête et la route reprend avec son lot de rêves de voyages, échangés entre deux lacets de montagne. Le couple, qui passe ses vacances à Pelvoux, fait même le détour pour me déposer à Ailefroide, devant le camping. « Fatiguée mais ravie », comme dirait l’autre, je plante ma tente sous la flotte. Il fait un froid humide et je n’ai pas mangé depuis plus de 8 heures, il me faut un café pour faire un trou dans l’estomac. Je toque à la porte indiquée par ceux qui m’ont déposé. Un couple du coin tient un petit bar où il fait bon se perdre. On se croirait dans un Miyazaki, chez le vieux Kamaji qui respire la bienveillance un peu bourrue et pince sans rire, la meilleure.

Le café noir creusant à présent mon estomac vide, je tente de trouver du réseau pour donner des nouvelles à ma mère, qui elle, n’a pas besoin de jeûner pendant plus de 8 heures et d’avaler un expresso pour se faire de la bile à mon sujet.

Aucun réseau, nulle part. Alors moi j’aime bien hein! Mais bon… Je trouve sur ma route un adolescent du coin qui me donne la recette miracle, couper la clé 3G. Bim! 4 barres de réseau! Je reste papoter avec mon sauveur du jour qui me raconte le passé du village et ses anecdotes bien planquées dans les tiroirs. Dans les années 70 une tempête de neige a recouvert tout le village et enseveli les chalets, bloquant les accès des cheminées. Le fameux M. Kamaji a fait partie de l’expédition de sauvetage qui a mis plusieurs jours pour rejoindre Ailefroide à ski, pour sauver ses habitants qui, entre temps, avaient construit des galeries sous la neige pour se rejoindre et s’entraider. Je savais bien qu’ils regorgeaient d’histoires tous les deux…

L’appel du ventre finit par prendre le dessus en début de soirée. Étant prise d’une flemme épique à la simple idée de cuisiner sous mon abside, je rejoins un chalet-restaurant pour manger quelque chose de consistant. Du genre autre que le café. A la table d’à côté, un petit monsieur, d’un âge certain mais indéterminé, bouquine tranquillement. Je décide donc de sauter à pieds joints dans sa tranquillité et la discussion s’engage.

Impossible de retranscrire sur écran le vécu d’une rencontre. Frustrant.

Au fil des sujets les heures se suivent et ne se ressemblent pas. Se connaître peut prendre toute une vie, alors se rencontrer c’est déjà pas mal non? En tout cas, cette rencontre là, a un parfum particulier. Imaginant peut-être les discussions que j’aurais pu avoir une fois adulte avec mes grands-pères. Après tout, qui sait ce que l’on part chercher quand on voyage? Et à quoi bon en faire des certitudes?

« J’ai l’impression d’avoir rajeuni! Merci! » me lance-t-il avant de s’en aller vers ses pénates. Et moi donc 🙂

Sur la table d’à côté, le regard un peu perdu entre la fatigue et les pages de son livre, je rencontre un grimpeur venu d’Angleterre. De quoi faire travailler mon anglais un peu rouillé mais finalement pas si foireux, hormis dans la compréhension de son prénom. Scène qui aura eu le mérite d’être très drôle en plus d’être (mais alors juste un peu) ridicule ^^. Je l’appellerai donc par son diminutif, faute de neurones encore éveillés. On repart tous les deux en direction du camping, où il fait aussi noir que dans un camping sans lumière, avec des arbres, dans les Alpes, pendant une nuit sans étoile. J’ai heureusement pensé à embarquer la frontale, qui s’avère utile sur les derniers mètres qui me séparent de ma tente posée le jour même « à la va vite ».

Le lendemain matin, la pluie a laissé place à un ciel bleu vif. Je pars, en mode Jimmy Cliff, direction Bosse de Clapouse, comme conseillé par le M. Kamaji local. Bosse de Clapouse qui s’appelait à la base Bosse de Clafouse, mais un type a dû un jour éternuer sur son Rotring en rédigeant la carte du coin, et le « f » s’est changé en « p »… Moi qui angoisse pour les fautes de frappe dans mes mails, me voilà rassurée.

La randonnée est facile et le sentier sans difficultés. J’arrive en haut assez vite et profite de la chute d’eau pour patauger un peu. Ce nid de verdure, particulièrement bucolique, offre un panorama grandiose sur les sommets alentours, comme autant de possibilités. Je pousse un peu plus haut en suivant des Cairns, juste pour voir. N’ayant pas pris de carte je n’irai pas loin. Un randonneur qui redescend du pierrier se fige à quelques mètres de moi. Devant nous, un chamois passe avec aisance les éboulements rocheux et grimpe en direction d’un compère haut perché qui profite d’un coin d’ombre. Il jette quelques regards autour de lui, sur ces drôles de bêtes mal-agiles dans les cailloux, avant de s’éloigner. J’apprécie la quiétude de l’instant, puis redescends doucement direction Ailefroide, avec des pauses stratégiques « framboises sauvages ».

Le soir, mon programme du lendemain se dessine sur la table du chalet, autour d’une bière et sous les conseils avisé de mon guide de la semaine (un certain Georges 🙂 ) qui s’amuse de mes récits. Direction le glacier blanc depuis Ailefroide, pour pouvoir le découvrir pas à pas.

Sans bitume et sans bruit.

Les cairns tu suivras

De La Grave au Lac du Goléon

En milieu de matinée, je quitte le camping par le sentier qui mène vers La Grave, avec pour projet de prendre mon petit déjeuner en terrasse avant de décoller pour le lac du Goléon (environs 8km de 1500m à 2500m) . Une fois dans le village, je perds un temps infini pour prendre le dit « petit dèj » que j’avalerai finalement à midi, le seul et unique distributeur de La Grave étant en panne depuis plusieurs jours et les établissements n’acceptant pas tous les paiements par carte en dessous d’une certaine somme…bref! j’aurai gagné un temps fou à terminer mon reste de floraline au camping. J’espère pour les commerçants du coin que la région se bougera enfin un peu les miches pour que ce problème, visiblement récurrent, soit enfin réglé une bonne fois pour toutes.

Le déjeuner terminé, je grimpe les 300m de dénivelé en direction des Terrasses par le GR54 et suis la route bitumée vers Les Hières. A vrai dire, rien d’extraordinaire sur cette section, heureusement une famille arrivée de Paris m’embarque sur les derniers mètres jusqu’au parking du départ.

Ce n’est qu’arrivée sur le sentier que je découvre le chantier en cours, n’ayant pas été prévenue à l’office du tourisme. La construction d’un barrage hydroélectrique a complètement métamorphosé le sentier pour grimper au lac. La piste hyper large des engins de chantier, grimpe en mode tout droit et coupe les boucles du chemin qu’il faut suivre à l’aide des cairns. En bref, c’est le bordel.

Le paysage reste magnifique, mais le sentier a pris un sacré coup dans sa tronche.

Il vaut donc mieux éviter de rester sur la section au centre et serpenter en cherchant les cairns. Je croise quelques personnes, sous un soleil qui cogne doucement mais sûrement. Les deux premiers tiers du sentier ne présentent pas de difficulté particulière, surtout sans sac de rando. La dernière section par contre est plus abrupte. Sur la fin, je commence à fatiguer. Du coup, j’ai pris une décision bien bien nouille comme il faut, en voyant un cairn un peu plus haut. Il y avait, pour y accéder, un genre de sentier qui grimpait tout droit, du genre direct mais efficace. Banco!

Etant au courant que la dernière section grimpait plus que le reste, ça m’a paru logique. Une fois dessus, j’ai bien regretté mon erreur. J’apprendrai plus tard que certaines traces directes sont dues aux aller-retours vers le chantier, oui mais ça c’était plus tard. Sur le coup j’ai copieusement râlé sur les types qui ont rédigé mon guide rando et leur soit disant « randonnée à caractère familial de mon c** ». Accrochée aux cailloux avec le sac de 12 kilos sur le dos je finis par me hisser péniblement en haut sous les allers et venues de l’hélicoptère, qui heureusement n’était pas venu chercher la fille un peu neuneu avec son gros sac, mais ramener le matériel du chantier.

Soit dit en passant je considère quand même que le guide Rother se plante en décrivant la randonnée comme « familiale », pour avoir moi-même croisé pas mal de familles avec enfants (ou même adultes) en pleine galère, car trop jeunes (moins de 10 ans) ou peu habitué aux efforts physiques qu’exige la montagne. L’état du sentier, pour le moment, demande aussi de bien prendre son temps, pour emprunter la route la plus facile qui serpente et s’approche de la chute d’eau une fois en haut, avec en prime un beau point de vue. Disons que pour une famille sportive, avec des enfants d’au moins dix ans, ça ne devrait pas poser de problème, mais en dessous de cet âge, pas sûr qu’ils apprécient la balade et du coup vous non plus. Croyez moi, j’en ai croisé qui étaient franchement mal partis pour passer un bon moment ^^.

Je finis par grimper la dernière langue rocheuse et aperçois enfin le refuge en me disant qu’il est juste impossible que je redescende par cette même voie directe avec le sac le lendemain, à moins de vouloir descendre vraiment très vite.

Une fois près du lac tout va mieux. Il n’y a plus personne, juste moi et mes quelques kilomètres dans les pattes. Le ciel se couvre et donne à l’eau un visage austère, celui d’un lac qui pourrait abriter autant de légendes que l’imagination lui accorde. Une bonne dose de plénitude aux accents sauvages.

Après m’être refroidi la tête, les yeux perdus dans les reflets du lac, je monte vers le refuge pour profiter d’un peu de chaleur et de tarte à la poire maison, ayant déjà bien tapé dans mon capital énergie.

Les gérants sont vraiment sympas et accueillants, tout comme le cadre du chalet lui-même. C’est à ce moment que j’apprends ce qui est arrivé à ce pauvre sentier et déduit mon erreur de parcours sur la fin de celui-ci. Le barrage permettra, entre autres, l’accès à l’électricité pour les gens du refuge. Pour le moment ce sont les lueurs, non sans charme, des bougies et lampes à pétrole qui animent leurs soirées et me rappellent, avec un brin de nostalgie, les soirs d’été passés après une journée de surf, la tête oscillant entre l’assiette de pâtes et la « lampe tempête » de mon grand-père qui parfumait l’air de son pétrole enivrant.

La pause salutaire terminée, je pars monter ma tente un peu plus bas, à mi-chemin entre le lac et le refuge. En pleine opération bivouac, un groupe de copains vient me proposer une bière rafraîchie dans le lac, ça ne se refuse pas. Ils arrivent de Briançon et ont trimbalé leur pack de bière sur le dos depuis le parking du bas, motivation. La fille du groupe a piqué une tête dans le lac, j’avoue que je ne sais pas comment au vu de la température de l’air et de l’eau. Après avoir papoté et m’être bien marrée avec cette troupe surgie de nulle part entre deux cailloux à 2500m d’altitude, ils repartent à la tombée du jour avec leurs bières vides sur le dos, pendant que je rejoins ma tente. Les pâtes au riz et champignons (cuisine hautement gastronomique) mijotent doucement dans le ronflement familier du réchaud.

Après avoir mangé, j’entends des voix. Petit 1, les champignons n’étaient finalement pas des cèpes, petit 2, je ne suis plus la seule à bivouaquer. Un groupe s’est installé au bord du lac, j’embarque mon chocolat à la fleur de sel pour aller saluer mes nouveaux voisins. Ils arrivent de Briançon et Fontainebleau et me proposent de partager avec eux leur bouteille de rosé… La vie est une dure lutte comme dirait l’autre (qui se reconnaîtra). On grimpe donc sur les hauteurs du lac, notre verre à la main, pour immortaliser le mélange improbable de nos têtes coiffées par le vent et du décor qui nous accueille pour la soirée. Après avoir partagé un chouette moment et de bonnes histoires agrémentés de vin et de chocolat, chacun regagne ses pénates, parce que c’est marrant, c’est joli, mais ça pèle. Retrouver ma tente dans la nuit n’a pas été chose facile, mais une fois que j’y suis, je place mes pieds dans ma polaire et enfile quelques couches en plus du sac de couchage, la nuit sera fraîche.

Vers minuit, en demi-sommeil, j’entends le hauban de la tente tonner comme si quelqu’un s’était pris les pieds dedans en plein festival. Il est trop tôt pour que ça soit les premiers grimpeurs, si ça se trouve c’est le vent. Quelques instants plus tard j’entends un miaulement un peu rauque juste à côté de la toile de tente… Et si c’était un Lynx? J’ai envie de me lever, d’aller voir, de tenter une percée héroïque avec ma Gopro en faisant le moins de bruit possible et en allumant la frontale au dernier moment, mais le sommeil lui, implacable, prend le dessus tel une claque à pleine main. De toute façon le Lynx aurait détalé au premier bruit.

Je dors comme une pierre malgré les températures négatives.

Au matin la gelée blanche a recouvert les abords du lac. Je grimpe prendre le petit déjeuner au refuge parmi la bonne humeur des ouvriers qui terminent le leur. Réveillée et réchauffée, je regagne le lac. Le vent se calme par moments et laisse apparaître à la surface de l’eau le reflet presque lisse de la Meije et des sommets alentours. Les linaigrettes duveteuses qui bordent l’eau se balancent sous la brise, pas un bruit… hormis l’inattendu « Ahou, Ahou, Ahou! » des ouvriers sur leur chantier, qui vient rompre le silence, tel un éclat de rire dans un film muet. Le soleil finit par dépasser la montagne et apporter quelques degrés confortables. Une fois les yeux bien remplis et les souvenirs emballés, je quitte le lac peu après mes voisins du jour, non sans un dernier coup d’oeil.

La descente sera finalement bien plus tranquille que dans mon imagination, profitant du soleil, du panorama vers la Meije et des nuages qui sillonnent le ciel. Arrivée au parking, deux copines attendent leurs hommes qui redescendent du Pic du Goléon, et me reconnaissent avec mon sac sur le dos puis me proposent de me redescendre jusqu’au camping une fois leurs grimpeurs respectifs revenus; What else?

Dans la descente, un chevreuil dévale les pentes et traverse la route devant nous. Retour dans la vallée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu d’orage et de hasard

Du Lac Noir à La Grave

Le soir, l’emplacement du bivouac, donne au matin, la magie du premier regard.

6h30, j’ouvre l’abside face à la Meije où s’accrochent depuis la veille quelques irréductibles nuages.

Sans vent, le lac offre des reflets hypnotiques des sommets qui nous font face, pendant que le soleil continue sa course en balayant le ciel d’un dégradé de rose et de jaune qui vient réchauffer doucement les premières heures du matin et les couleurs de la neige. Immobile, silencieux et se suffisant à lui-même, le décor me réveille en douceur, rien à voir avec le radio-réveil du quotidien et ses flash infos.

Apaisement.

C’est l’heure de faire chauffer le petit dej’: une floraline à la banane séchée et le thé, indispensable allié dans mon cas, à une quelconque secousse de neurones. Sur la boîte de lait en poudre achetée, l’équipe de com’ avait trouvé judicieux d’écrire « Bien dosé, c’est très bon! », phrase qui signifie en réalité « Mal dosé, c’est dégueu ». Mon conseil donc, sur-dosez le lait en poudre plutôt que l’inverse, sinon ça ressemble visuellement à du lait, mais la comparaison s’arrête brutalement là. J’avale ma floraline au goût mi-eau, mi-lait et banane, mon thé fumé, et le fameux bout de gingembre confit, épreuve ultime, mais aux vertus anti-fatigue (avec en prime un petit coup de boost contre les infections ORL), puis remballe mes affaires en profitant de la vue.

Je redescends tranquillement vers le col du Souchet, pas vraiment pressée de quitter ce paysage et ses marmottes, visiblement sereines pour passer l’hiver, qui me scrutent depuis leurs cailloux respectifs. Un dernier passage devant le lac Lérié en faisant attention de ne pas marcher sur les mini grenouilles qui jalonnent les chemins et je retrouve le col.

Deux passages consécutifs d’enclos plus tard, je me dis que j’aurais dû suivre le panneau d’itinéraire VTT. Un de mes voisins de bivouac se retrouve alors devant moi en guise de leurre et j’avance vers le Chazelet avec pour objectif de rejoindre les abords du Lac du Goléon le soir même. Je finis par retrouver le dit-voisin sur un banc improvisé et profiter d’un café face aux montagnes… Après un point météo, plutôt de bonne augure pour la suite de la journée, lui reprend sa route et moi la mienne. Mis à part le fait que les descentes m’ennuient, celle-ci est assez longue avec le sac, mais rien de compliqué. En bas je m’arrête manger une crêpe, plat totalement exotique pour une bretonne demi-sel, avant de repartir en direction du village « Les Clots ».

Sur le sentier, je m’engage sur un passage dont j’ai horreur avec le sac chargé et un ciel devenu menaçant: un chemin étroit sur un dévers de paillettes de schiste qui débouche sur une langue rocheuse avec corde, bref, allons-y Michel! Après environs 2 mètres, je fais demi-tour car les gouttes commencent à tomber, je passerai par la route, j’ai bien compris le message…shallnotpass

 

Une fois sur le bitume, les gouttes se transforment en grêle qui semble bien décidée à me faire m’arrêter. La visibilité se réduit à vitesse grand V, la grêle me chatouille le crâne, mais « oh, miracle! » un abri en pierre au bord de la route quelques mètres plus loin, je pourrai au moins avoir le temps de sortir ma veste du sac… A peine arrivée sous le fameux abri au look solide, le claquement de la foudre et le flash qui l’accompagne viennent me secouer les tympans et m’envoyer de jolies petites étoiles dans les yeux. Comme une légère odeur d’allumette, je me retourne, l’abri se révèle être un transformateur électrique. Échec.

Juste à côté, un bon vieux pylône a dû servir de parafoudre. Une voiture descend, je lui fais signe et le type m’embarque aussitôt à l’arrière avec son Braque de Weimar, qui craint l’orage et étale sa grosse tête dépitée contre moi en me regardant l’air de dire « Toi aussi, t’es là? ».

Finalement je descends à La Grave tel un chien mouillé.

Une fois en bas, l’orage cesse aussi brusquement qu’il est arrivé. J’atteins le camping (La Gravelotte) et échoue ma tente en plein milieu. Je profite de mon passage imprévu en pleine civilisation pour faire une lessive. Absorbée par mes gestes répétitifs et mes chaussettes sales, je tourne la tête et regarde ma coéquipière de lavoir, on s’étonne et rigole, ce n’est ni plus ni moins que ma voisine d’aire de bivouac de Besse en Oisans. Nous passerons finalement le début de soirée à prendre l’apéritif près de leur Ford transit, à se raconter nos anecdotes et projets de voyages, parsemés de quelques tranches de vie.

Comme quoi, l’orage et le hasard sont parfois bien faits.

 

 

 

 

 

 

 

« These songs of freedom »

Du Lac du Chambon au Lac noir

Après une arrivée quelque peu chaotique sur Paris et un hébergement d’urgence à la dernière minute (Merci Claire 😉  ), c’est finalement le covoiturage entre Paris et Grenoble qui marque le début du voyage et dessine déjà les grandes lignes de celui-ci: quelques pauses salutaires, de belles rencontres, une bonne dose de contemplation et ce qu’il faut d’imprévu.

Et puis s’endormir, ou si peu, au son mélodieux d’une prière Juive et se réveiller au pied des montagnes.

Mes 2 heures de sommeil en poche, le chauffeur de car me dépose au bord du lac du Chambon (952m). Catapultée dans la carte IGN grandeur nature, c’est un peu le moment « quand faut y aller, faut y aller ».  Je suis le sentier sur les 7Km qui me séparent de Besse en Oisans (1568m) par Mizoën sous un ciel implacablement bleu, la nuit précédente constituée de micro-siestes ne facilite pas vraiment ces premiers kilomètres.

Munie d’une eau, fraîche au goût mi-ferreux/mi-dégueu, récupérée à la fontaine de l’église de Mizoën, je grimpe les passages de route et de forêt pour atteindre Besse puis l’aire de bivouac, sans avoir réussi à changer mon eau durant toute l’après-midi, trop occupée à me débarrasser des nombreux taons un brin agaçants.  Eau qui s’avère pleine de particules rouillées en suspension, j’ai donc fait le plein de minéraux, il paraît que c’est bon pour la santé 🙂 .

Autour de l’aire de bivouac (désertée par la plupart des touristes vers le 15 Août) les rapaces tournoient aux sommets des montagnes, le ruisseau de la salse en seul bruit de fond, je monte enfin ma tente aux portes des montagnes.

Mes voisins de camping, outre le fait d’être sympas, viennent du 44. Je ne suis pas trop perdue ^^

La nuit était calme jusqu’à ce qu’un type qui dormait dans son pot de yaourt décide de se chauffer au diesel à 6h30 du matin, la vie en communauté ça s’apprend à tout âge, ou pas.

Après avoir remballé ma tente et mes affaires, je papote avec les voisins qui me proposent finalement de me déposer au dernier parking sur le départ du sentier du plateau d’Emparis (2245m), le manque de sommeil de la veille ne me fait pas hésiter plus d’une demi seconde. Il s’avère que ce trajet, en plus de serpenter dans un décor vertigineux et magnifique, reste un de mes très bons souvenirs de ce voyage en terme d’échange et de rencontre.

Arrivé sur le plateau, on tente de déchiffrer le paysage et de mettre un nom sur les sommets qui pointent le bout de leurs nez écorchés par le temps. Bien aidé par un gars du coin et ses multiples cartes IGN, le panorama a maintenant des noms: La Meije, Le Rateau, le Pic de la Grave… et semble alors plus familier, on fait connaissance.

Subissant un net ralenti dans les montées grâce à la maison que je porte sur mon dos, je laisse les Sud Nantais partir devant et s’éloigner dans un décor de cinéma. Je tire un peu la langue, derrière moi un VTT se vautre dans un bruit de dérapage et un « et merde! » qui me fait autant rire que relativiser. Le type va bien et fini par marcher à côté de son vélo. Arrivée au col du Souchet (2365m) la vue vers la Meije est déjà magique. D’un côté les étendues d’herbes et les courbes douces du paysage évoquent les steppes mongoles, quand de l’autre s’étendent les sommets enneigés battus par les vents qui s’inviteraient bien dans une toile de Caspar David Friedrich (https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voyageur_contemplant_une_mer_de_nuages).

Personne à l’horizon. Contemplation quand tu nous tiens.

En se rapprochant des sommets, le lac Lérié (2456m) abrite sur ses rives autant de vaches que de touristes, en offrant un miroir au spectacle des nuages qui s’accrochent aux montagnes. Je me pose quelques minutes avant de rejoindre le fameux lac Noir, un nom qui m’inspire en repensant à L’île noire gardée par son gorille.

Sur les rives du lac noir j’étale mon sac et moi-même, il est tôt (15h30/16h) j’ai le temps de profiter de la vue qui se vide peu à peu de ses protagonistes de passage. Il y en à un particulièrement qui me restera en tête. Voyant l’orage gronder un peu plus loin, je demande à un papy athlétique passant par là les prévisions météo (au vu de son rythme il connait la région). On discute quelques minutes et puis il repart d’où il est venu. Une bonne demi heure plus tard je le vois revenir vers moi en me disant que finalement il aurait bien discuté un peu plus! Il a donc fait volte-face dans la descente. Je n’ai pas bougé d’un iota. On reste donc papoter de nos régions d’origine, du pourquoi du comment on est arrivé ici et maintenant, puis il me souhaite une bonne nuit mais surtout un bon réveil et disparaît de nouveau derrière les barres rocheuses. L’inattendu tant attendu.

L’orage, lui, reste à bonne distance et gronde au loin. D’autres bivouaqueurs arrivent autour du lac, chacun choisi sa vue pour le réveil ou la soirée. Je bouge ma tente avec l’aide de mon voisin de bivouac, sentant bien que la soirée ne restera sans doute pas si sèche que ça. Le vent qui poussait gentillement l’orage vers l’Est décide de changer de bord. Je pique une petite tête dans le lac (pas aussi frais que la côte Finistère nord), je chauffe mon eau et avale mes pâtes au parmesan tant qu’il ne pleut pas, avec une vue un brin menaçante, ce qui fait sans doute son charme.

Pâtes avalées, je vais voir d’un peu plus haut le soleil descendre sur l’horizon. Les contrastes rouge et bleu s’intensifient sous le ciel chargé qui avance lentement au dessus de nous. N’étant pas la seule à avoir cherché ce point de vue, je redescends sous les premières gouttes avec un autre bivouaqueur qui lui n’a pas encore mangé et devra improviser la cuisine sous l’abside, ce qui est bien mais pas top.

Sous la tente ouverte je profite de la vue et je me dis que si les vaches restent c’est que ça va. Il grêle, les vaches se barrent, je ferme ma tente et attends que ça passe en compagnie de ce bon vieux Jean-Paul et son Existentialisme.

La grêle ne durera pas très longtemps, la nuit sera calme, comme un air de Redemption song qui résonne dans ma tête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gudvangen et le Nærøyfjord

 

Dernière matinée à Flåm, dernier lever de soleil par-dessus la montagne.

Après une courte balade autour de Flåm, je range la tente dans mon sac que je hisse sur le dos à coups de soupirs. J’ai comme l’impression que jusqu’ici, tout a été assez facile et que ça ne va pas durer…  Je rejoins l’arrêt de car direction Gudvangen, vers l’Ouest, de l’autre côté des montagnes.

Somnolant sur le banc minuscule, je suis rejointe par la famille du Mississipi rencontrée la veille sur le quai d’Undredal et mes voisins de tente, un couple d’Allemands respectivement natifs de Berlin Est et Ouest. Entre les récits de voyages passés, la rencontre amoureuse des colocataires Berlinois et la taille des moustiques du Mississipi (visiblement  honorable), les échanges sont animés et l’attente du car qui me paraissait interminable se change en saut de puce.

Le trajet dure 20 minutes. 20 minutes de tunnel sombre à travers la roche à imaginer ce qui se cache de l’autre côté.

Gudvangen est enclavée entre 2 montagnes dans une vallée en forme de coude. Les Berlinois partent à l’assaut des sommets, je pars en quête de camping. Le premier est situé au bord de la route, au vu de l’étroitesse de la vallée le choix me semble limité. L’herbe est monstrueusement haute à l’image du prix de la nuitée, mais victime de ma consommation excessive de thé,  je paye les 150 NOK et file découvrir les sanitaires décrépits…oh joie. Les installations sont vieilles, tristes et froides, je décide d’aller marcher. Je plante ma tente sur les 20 cm d’herbe et suis les conseils flous de la gérante du camping pour partir me balader.

Un chemin borde la rivière au creux la vallée. Après 200 mètres, un sentier part en direction des cascades et au bout de celui-ci je découvre l’endroit parfait pour une nuit en camping sauvage.  Il y a suffisamment d’espace pour installer plusieurs tentes, une place au milieu pour faire un feu, une vue sur la cascade et on entend à peine la route…à ce moment précis, j’incarne le sens du mot dépit.

Je crapahute hors du sentier en direction de la cascade et abandonne rapidement l’idée de l’atteindre au vu de l’heure. Un peu plus loin sur le sentier, se trouve une jolie cabane de pêche au bord de l’eau, l’endroit rêvé pour un bain de pieds. Le cadre est assez idyllique, le bruit de la route est couvert par celui de l’eau, mais le moins que l’on puisse dire c’est que cette dernière est d’une fraîcheur stimulante. Même sur la côte nord du Finistère en plein hiver ça n’est pas aussi froid, en bref, c’est rapidement douloureux.

La gérante du camping m’a assuré que le sentier faisait une boucle en empruntant un pont… Pas l’ombre d’un pont à l’horizon. Je m’enfonce donc dans la forêt. Le jour baisse et le chemin est parsemé de traces d’animaux inconnus au bataillon pour la Française citadine que je suis. Au bout d’un moment le sentier grimpe et je me dis que c’est sur des conseils pourris dans le genre qu’il arrive des trucs invraisemblables à des gens pleins de bonne volonté. En pleine phase d’auto-stress, je tombe sur une barrière qui ferme le passage et décide de faire demi-tour en me disant que je vais finir mangée par un ours sur les conseils d’une gérante de camping hors de prix aux sanitaires défraîchis et aux poubelles qui débordent. La forêt, par endroits assez dense, absorbe presque toute la luminosité restante et même en mode pilote automatique, l’imagination tourne à plein régime.  Un oiseau minuscule s’envole à côté de moi, je sursaute… La classe. Après cet ultime acte de bravoure, je finis par sortir de la forêt et retrouver la route.

Direction le camping et sa douche au sol froid et aux courants d’airs sournois. Je n’ai plus qu’une envie, manger une soupe chaude avec beaucoup trop de fromage et aller me coucher. J’entre donc dans la cuisine qui finit d’achever mon entrain. Elle est minuscule, le placard de la poubelle pue autant qu’une benne à ordures, le frigo abrite une colonie de moisissures et seule une des deux plaques chauffantes fonctionne. Parfois la solitude en voyage, ça pèse un peu. Quelques minutes plus tard et bien loin du stade ébullition, une fille entre dans la cuisine. Elle est Brésilienne, voyage elle aussi toute seule avec sa tente sur le dos et parle un peu Français… \o/ hourra. Après s’être plaintes en coeur des sanitaires, du prix injustifié et de la praticité discutable de cette cuisine format Polly Pocket, on échange nos récits de voyages, du thé, du gruyère et de larges sourires. En buvant mon thé sous les étoiles et le hululement d’une Chevêchette d’Europe, je me demande ce qui me restera le plus en mémoire entre les paysages de Norvège, pour lesquels je suis venue et les rencontres inattendues de ce voyage en solitaire.

Le lendemain matin, le temps à changé et je me presse pour plier mes affaires avant la pluie, le petit déjeuner attendra. La courte marche vers le quai est pénible, il pleut et je marche le long de la route où les camions et pick-up passent pied au plancher. Arrivée sur la rive du Nærøyfjord je me pose à la terrasse couverte du café où je deviens l’objet d’attention du serveur peu débordé mais aux petits soins. Certes il pleut, mais l’endroit est calme et quasi désert au vu de la capacité d’accueil du café-restaurant. Luxe, calme, volupté et tarte au chocolat… Au loin, le bateau approche.

Flåm et l’Aurlandsfjord

Premier réveil, pas un nuage. Le ciel est d’un bleu éclatant, une couleur aussi vive que pure, presque aveuglante tant elle contraste avec l’ombre qui recouvre encore les montagnes environnantes. L’objectif de cette première journée est de revenir sur le trajet du Flåmsbana à pied, pour découvrir la vallée d’un peu plus près.

A la sortie du camping, je croise le couple de Coréens rencontré la veille dans le train. Ils sont venus me chercher au camping pour me proposer une escapade en kayak sur le fjord. A la vue de leurs mines pleines d’entrain et de leur initiative, je prends soudain une bonne bouffée d’altruisme. A plus de 1500Km de chez soi, seule, dans un pays étranger, on peut tout à fait se retrouver à pagayer joyeusement avec de parfaits inconnus et ça, c’est assez magique.  Après un bref instant de conflit intérieur je refuse finalement leur offre, non sans regrets. Je suis venue pour tenter l’expérience d’un voyage en solitaire et j’ai subitement l’impression qu’accepter leur proposition de balade en groupe, dès le début de ces 3 semaines en Norvège, casserait un peu ma dynamique et ma soif galopante de liberté.

Une fois sur le sentier en direction de la vallée, une première cascade dévale la montagne. Problème, le chemin indiqué sur la carte pour atteindre ladite cascade est en fait un champ rempli de vaches à l’allure parfaitement placide mais aux cornes relativement pointues. Face à ce paradoxe de la nature qui me dévisage d’un air mou, je décide de ne pas tenter de percée héroïque.

Après quelques kilomètres, se trouve l’église de Flåm construite en 1667. Elle est située au centre d’un petit cimetière paysager, bordé par la rivière et les champs remplis de moutons parés de cloches. Des lanternes sont placées sur les tombes fleuries. L’endroit, particulièrement calme et bucolique est une invitation à l’oisiveté , quoi de mieux pour un cimetière?

Un peu plus loin se trouve une seconde cascade (sans vaches) qui se jette dans un plan d’eau vert émeraude, l’endroit parfait pour se poser un peu, avant de refaire les 5km dans l’autre sens. Je repars donc en direction du camping, motivée par l’idée du sachet de brandade de morue lyophilisée qui m’attend patiemment, autant dire que j’avais vraiment faim.

 

 

Le lendemain, après avoir marché en direction d’Aurland, je prends le bateau pour rejoindre Undredal. J’ai bien tenté de demander au monsieur de l’accueil du camping si on pouvait se rendre à Undredal à pied… La réponse est oui, mais il faut compter 2 jours de marche en passant par dessus la montagne, contre 20 à 30 min par bateau depuis Flåm. Illustration flagrante de l’importance des liaisons maritimes et fluviales en Norvège.

Pendant la traversée, je réussi à voir un aigle royal au jumelles \o/

Je tente alors de le montrer à ma voisine de siège, sans grand succès. Quelques minutes après, elle arrive rapidement vers moi en me faisant signe de regarder la surface de l’eau car un banc de marsouins vient de passer juste derrière le bateau, échec n°2 qui aura le mérite de nous faire bien rigoler.

On trouve à Undredal la plus petite église en bois debout, toujours en activité, de toute la Norvège. L’église St Nicolas, construite en 1147 peut accueillir 40 personnes. Elle est vraiment minuscule, mais le village l’est également. Caché au creux de 2 montagnes, il compte 80 habitants et quelques 300 chèvres. La production de fromage est donc l’activité principale de cette petite communauté qui devait, jadis, poster des guetteurs autour du village pour se protéger des ours. Pour ma part, je me suis baladée dans le village, mais celui-ci est forcément assez vide hors-saison, ni ours, ni habitants. Je fini par croiser des gens, une famille d’américains du Mississippi égarés qui attendent le bateau pour rentrer à Flåm. Pour appeler le bateau qui passe sur le Fjord, il faut allumer une lumière sur le quai grâce à un petit interrupteur.  Le jour où l’ampoule lâche, c’est ballot. Heureusement celle-ci brille jusqu’à l’arrivée de notre ticket de retour.

 

 

 

Jour 1: Oslo – Myrdal – Flåm

 

Après 2h30 de vol, bercée par les péripéties de Paasilinna et ses Prisonniers du Paradis,  j’emboite le pas des passagers dans les dédales de l’aéroport. Il est 23h environ quand j’embarque dans un Express Train vraiment confortable, cela dit à 170 Nok le trajet (soit 20 euros!), ils pourraient offrir le café et les spéculoos. Comparer le RER B parisien et l’Express train d’Oslo, c’est comme comparer la piscine municipale un mercredi après-midi avec un spa 3 étoiles le dimanche soir…

En gare d’Oslo, il me reste 20 minutes pour trouver le bus. Comme dans toute gare, la signalétique déroute plus qu’elle ne dirige… J’ai toujours l’impression que les gens qui posent ces panneaux sont eux mêmes atteints d’un syndrome de désorientation chronique . La meilleure boussole en ville, c’est l’épicier de nuit. Après un footing avec le sac de 16 Kilos je parviens à monter dans le bus à la minute près, le chauffeur me faisant grâce des 50Nok du ticket (Pour payer moins cher il faut acheter les tickets dans un kiosque et surtout pas dans le bus).

L’auberge de jeunesse, aussi immense que propre, a des allures d’hôpital. Extinction des feux à 1h00, mon train part le lendemain midi.

Retour à la gare centrale. Au supermarché, il me faut l’aide de la vendeuse pour réussir à déchiffrer les packagings et trouver un sandwich sans viande… ça s’annonce compliqué. Visiblement le mode d’alimentation végétarien, n’est pas populaire en Norvège. En attendant le train sur le quai, mon allure, seule avec ce gros sac, suscite déjà quelques questions. Un Américain, qui voyage avec sa femme, semble trouver l’initiative tout à fait curieuse…clairement, ça ne sera pas le dernier!

 

Sur les rails

Le trajet entre Oslo et Myrdal est magique. Sous un soleil de plomb, les paysages se succèdent sans se ressembler. Des forêts de conifères denses et vertigineuses dégringolent dans des lacs sans ride, de hauts plateaux battus par les vents, bordés de glaciers, la bande annonce qui défile est pleine de promesses. Mon voisin, lui, doit être sacrément habitué à tout ça au vu des décibels dégagés par sa fosse nasale. Peu importe, dans mes oreilles, Bashung couvre son ronron guttural à merveille. Le sentiment de liberté, celui d’être nulle part, seule, dans un train qui roule sans se soucier du reste.

 

Le trajet dure 5h00, j’arrive à Myrdal à 17h00. A 863 mètres d’altitude, aucune route n’est reliée à la station. Myrdal n’est desservie que par le train. Cette enclave bordée de montagnes parait irréelle au beau milieu du fantasme d’hyper-connexion actuel. Un sentier de randonnée peut vous conduire jusque Flåm à condition d’être sportif et bien équipé. Le temps de prendre un café et de marcher un peu autour de la station je monte dans le fameux Flåmsbana. Cette ligne singulière dévale les 20Km qui séparent Myrdal de Flåm en une heure. Sur 80% du trajet la pente est de 5.5%, il y a 20 tunnels dont un certain nombre à flanc de falaise. On mesure à peine la difficulté d’un tel chantier. L’intérieur du train fait remonter le temps. Celui-ci est d’ailleurs bien vide à cette heure et à cette saison, dans le wagon, nous ne sommes que 3. Un couple de Coréens tout sourire s’amuse de mon voyage en solitaire. Les échanges sont animés, drôles, improbables… Voyager seule ne laisse pas indifférent, je me sens un peu comme une pelure d’oignon passée au microscope par une classe de collégiens. Le train démarre, nous voilà toutes les 2 engluées aux vitres avec nos appareils photos, passant de droite à gauche sans gêner la foule présente, ce qui fait beaucoup rire le troisième protagoniste au style bien plus indolent. Les nombreux tunnels ont un côté frustrant…mais la Norvège c’est un pays de tunnels, ça fait partie du voyage. L’inaccessible reste inaccessible et c’est très bien comme ça. Les paysages sont superbes et la petite pause de 5min pour prendre l’air et admirer la cascade Kjosfossen est la bienvenue.

Pour ma part j’ai trouvé le trajet très sympa car le train était désert et que l’on pouvait y circuler sans problème pour observer les paysages des deux côtés. En plein période touristique, je ne le ferais sans doute pas. Pour autant, ce trajet m’est apparu moins spectaculaire que le Rauma railway (utilisé au cinéma dans le sixième tome d’Harry Potter).

Flåm est une petite station balnéaire qui, une fois vidée de son flot de touristes, laisse entrevoir la sérénité de la région mêlée à la rudesse des conditions de vie des premiers arrivants.  Le camping est tout proche de la gare. Depuis mon emplacement, je peux voir le train repartir entre les montagnes… Me voilà dans le vif du sujet, à la tombée du soir, mangeant une salade de patates au goût indéfinissable, assise devant ma tente, à l’air libre et frais de Norvège…

 

Le kit du voyage

Pour celles et ceux qui, comme moi, ont passé un temps incroyable à comparer les tentes, les sacs de randonnées, les chaussures de marche et autres matelas gonflables, j’ai décidé de détailler un peu le matériel utilisé pour ce voyage en espérant que ça puisse servir.

Conditions du voyage:

  •  Durée: 20 Jours
  •  Parcours et hébergements: Campings, chalets, auberges de jeunesse avec randonnées « en corolle » autour du lieu d’hébergement.
  •  Températures: De +19°C à -4,5°C (uuuh)
  •  Climat(s): Doux et sec les 5 premiers jours, Pluvieux & frais avec alternance sec & frais pendant 6 jours, puis orages avec vents, pluies soutenues et grêle occasionnelle pendant 2 jours, Froid et sec dans les hauteurs pendant 4 jours, Frais et sec avec quelques averses sur la fin à Oslo pendant 3 jours.
  •  Terrains: Campings au bord des Fjords (niveau de la mer), en altitude (650m) et marches entre 0m et 1200m d’altitude.

Le matériel:

– Sac de randonnée: Lowe Alpine – Alpamayo n°55:75 (55 à 75 Litres).

Commandé au Vieux Campeur: Attention, mieux vaut acheter en magasin, le service de vente en ligne du vieux campeur n’est malheureusement pas fiable. Il n’y a pas de stock, donc le produit pour lequel vous payez en ligne est en rayon en magasin. Il peut donc être acheté au même moment en magasin ou être déjà indisponible. En bref, c’est pas bien, testé et non approuvé. Par contre pour ce qui est de l’achat directement en magasin, toujours de bons conseils et aucun problème à signaler!

Les plus:

  •  Adapté aux petits gabarits (1m60)
  •  Sa structure: L’armature est bien étudiée et correspond à la morphologie féminine. Le poids est bien réparti entre les épaules et le bassin. La ceinture lombaire étant bien articulée, les mouvements sont fluides, à aucun moment le sac n’a gêné la marche. Je n’ai pas eu (trop) mal aux épaules, ni au dos avec un sac qui pesait environ 16 Kilos (Nourriture inclue). Pour autant je n’ai pas fait de longues marches avec le sac sur le dos, la marche la plus longue « non-stop » faisant 6 Km.
  •  Sa modularité et ses finitions: Il y a un nombre réduit mais suffisant de poches. Elles sont bien placées et faciles d’accès. La rain-cover est facile à sortir…un peu moins à ranger, mais je m’en suis servie quasi non-stop également pour isoler le sac du sol dans l’auvent de la tente. Les nombreux réglages sont très agréables, une fois qu’on les maîtrise. Les réglages du dos (en hauteur) sont vraiment pratiques car ils s’effectuent facilement soi-même avec le sac sur le dos, et ça quand on voyage seul, c’est bien!
  •  Le prix: moins de 200 euros.

Les moins:

  •  Le poids du sac vide: Environs 2,3 Kilos. On espère toujours que ça soit plus léger, mais l’armature du sac vaut cette concession.
  •  La lecture du produit: Manque de code couleur pour s’y retrouver au niveaux des différents réglages, on s’y perd un peu.
  •  Le rangement de la rain cover qui pourrait être facilité par une poche à soufflets.
  •  Encore et toujours (comme sur beaucoup de sacs), l’ouverture de cette maudite poche supérieure (tout en haut du sac) quand celui-ci est rempli, l’ouverture est alors orientée vers le bas, un détail qui agace un peu à l’usage.

En Bref: Testé et approuvé pour les charges lourdes et pour un petit gabarit. Je lui attribuerai un beau 8,5/10.

– Sac de couchage: The North Face – Cat’s Meow (Regular)

Les plus:

  •  Confort: Toucher agréable
  •  Finitions
  •  Rangement facile (pliage et rangement dans la housse).
  •  Très bonne résistance à l’humidité (qui ne pénètre pas la couche extérieure)
  •  Solidité
  •  Le prix: Acheté à moins de 130 euros.

Les moins:

  •  Le poids: 1,2 Kilos
  •  L’encombrement 20*43cm (mais peut être comprimé jusqu’à 22*33 cm, mais là il faut y aller…) Pour ma part je ne l’ai pas compressé pour garder de la souplesse au moment du rangement dans le sac de rando.
  •  Thermicité qui remplit tout juste ses promesses. Au dessus de 0°C aucun problème en (Short+T-Shirt plus par souci d’hygiène que de thermicité), A -1,5°C (humidité ext. 94%) en Short+T-shirt je me suis réveillée plusieurs fois en ayant un peu froid, en bref j’ai mal dormi, j’aurais dû enfiler le corsaire thermique…

En Bref: Je l’ai choisi pour son prix, sa solidité et sa résistance à l’humidité, le contrat est rempli. Mais un peu déçue de la thermicité du sac. Note: 6,5/10, Confortable mais peu mieux faire au vu de l’encombrement et du poids.

– Matelas gonflable: Thermarest – Neo Air XLite (Regular)

Les plus:

  •  Facile à ranger
  •  Solidité
  •  Poids et volume
  •  Bonne thermicité
  •  Ne glisse pas (du tout!)
  •  Silencieux

Les moins:

  •  La couleur jaune qui lui donne un look sac de recyclage en plus d’être salissante.

En Bref: 9,5/10 Un meilleur look serait le bienvenu.

– Tente: Vaude – Taurus UL 2pl

Les plus:

  •  Le volume plié
  •  Le poids
  •  Sa résistance aux intempéries
  •  Bonne isolation thermique
  •  Le montage et démontage très rapide
  •  Sa discrétion (couleur qui se fond bien dans le paysage).
  •  Ses finitions ( très fonctionnelle )

Les moins:

  •  Des réglages un peu récalcitrants par endroits
  •  La condensation

En Bref: 9/10 Un bon produit facile et agréable à utiliser.

– Chaussure: Lowa – Renegade GTX (semelle Vibram)

Les plus:

  • L’imperméabilité ( Mes pieds sont restés au sec même après des passages de ruisseaux et tourbières ).
  • Confort: Vraiment très agréable à porter, une seule petite ampoule à déclarer en 20 jours, aucun frottement désagréable.
  • Chaussant fin: Le 36 1/2 me convient avec une bonne paire de chaussettes (je chausse du 35^^).
  • Tout cuir
  • Bonne accroche (nombreux passages de dalles de pierre humides et aucune chute à déplorer!)

Les moins:

  • Échauffement rapide sur le bitume
  • Taille qui ne descend pas en dessous du 36 1/2, vraiment dommage.
  • Laçage à ne pas faire à la va vite, les accroches hautes pourraient être améliorées.

En Bref: 8/10, J’aurais préféré avoir une taille en dessous, mais pour le prix (moins de 150 Euros de mon côté) je suis globalement satisfaite.